Le fonds Ampère conserve de nombreux documents personnels ; outre la volumineuse correspondance échangée avec ses proches, on y trouve des documents civils et militaires, des actes notariés (vente de la maison de Poleymieux, achat de celle de la rue des Fossés-Saint-Victor, etc.), des factures, des brochures et des publicités, des faire-part divers, etc. Encore faut-il ajouter les documents concernant ses proches, comme son fils Jean-Jacques, sa fille Albine, son gendre Gabriel Ride, ou son cousin De Sutières dont Ampère dut s’occuper.
Cet ensemble documentaire donne une approche exceptionnelle et étonnante de l’intimité du savant. On n’en propose ici qu’un très partiel aperçu.
Page provisoire
Les liens vers les fac similés du corpus Ampère pointent encore vers la version 2 du fonds Ampère
Congé militaire
A la suite d’un accident survenu dans son enfance, Ampère avait le bras droit ‘estropié’, comme il le dit lui-même ; pour cette raison, il fut réformé de ses obligations militaires et ne porta pas les armes (c’est aussi l’une des raisons, avec sa myopie, de sa grosse écriture).
Son congé définitif donne son signalement succinct à l’âge de 25 ans (le 21 frimaire an IX correspond au 12 décembre 1800).
Incipit de l’autobiographie d’Ampère
Vers 1824, Ampère entreprend une autobiographie dont la chemise 326 conserve plusieurs versions. Il y parle de lui-même à la troisième personne.
Pour lire la transcription des seize pages du document, cliquer sur l’image.

Nom des locataires et loyers perçus
À Paris, où il vit à partir de 1804, Ampère achète en 1818 une maison au 19, rue des Fossés-Saint-Victor (aujourd’hui à l’angle de la rue du Cardinal-Lemoine et des rues Monge et des Boulangers). Il en loue une partie.
Sur ce papier non daté (années 1820), on reconnaît parmi ses locataires les noms de César Despretz (1791-1863), physicien et chimiste, futur professeur de physique à la Sorbonne, et du physicien Augustin Fresnel (1788-1827), célèbre pour avoir formulé la théorie ondulatoire de la lumière [page sur la physique], et avec qui Ampère entretint une amitié durable.
Frédéric Ozanam (1813-1853), historien et écrivain, figure du catholicisme social du XIX e siècle, a également habité chez Ampère au cours de ses études à Paris au début des années 1830.

Reconnaissance de dette
De nombreux billets et reçus comme celui-ci attestent de la situation financière souvent délicate du savant, à partir des années 1820.
Les mécanismes mis en place pour rembourser ces emprunts, parfois via un ou deux intermédiaires, rendent certaines lettres quasi inintelligibles (voir par exemple la lettre L1830-03-31-a)

« Mémoire des impressions faites à l’imprimerie royale, pour le compte de M. Ampère »
L’un des principaux postes de dépense du savant était probablement l’édition de ses nombreux mémoires ; on ne sait pas exactement ce qui était à sa charge mais ce genre de facture (ainsi que des allusions contenues dans des lettres) montre qu’il assumait lui-même une partie des frais.
Connaissant sa manie de la correction incessante, on imagine aisément que la multiplication des épreuves mobilisait un budget conséquent.

Extrait des registres de l’état-civil de la ville de Lyon : acte de naissance de Jean-Jacques Ampère
De son mariage avec Julie Carron*, Ampère eut un fils : Jean-Jacques Ampère (1800-1864). Ce dernier devint un homme de lettres, professeur de littérature française au Collège de France, conservateur de la Bibliothèque mazarine, critique littéraire pour plusieurs journaux, et fut élu à l’Académie française (1847). Amoureux platonique de Mme Récamier, il en fréquenta fidèlement le cercle.
Cet extrait des registres de l’état-civil de la ville de Lyon montre une copie de son acte de naissance. Elle a été établie en 1821, probablement à l’occasion du recensement de Jean-Jacques.
La naissance est datée sur le registre du 24 thermidor an VIII, ce qui correspond au 12 août 1800 dans le calendrier grégorien.
Les deux témoins sont « libraires », ce qu’il faut comprendre comme éditeurs ; Jean-Marie Périsse (1758-1834) est le beau-frère d’Ampère. Il publia le premier ouvrage d’Ampère, qui lança sa carrière en le faisant remarquer : les Considérations sur la théorie mathématique du jeu (1802). Cette proximité situe le milieu dans lequel Ampère, jeune, évoluait à Lyon, dans le quartier de la rue Mercière, qui fut le cœur de l’imprimerie lyonnaise.

*Comme on le voit sur le document, le prénom officiel de Julie Carron était Catherine-Antoinette. Il n’est jamais utilisé
Copie : lettre du maire du 12e arrondissement* de Paris, ordonnant la sortie de Gabriel Ride de la Maison Royale de Charenton
De son second (et malheureux) mariage avec Jenny Potot, Ampère eut une fille : Albine Ampère (1807-1842). Le destin de celle-ci fut beaucoup plus tragique que celui de son frère. Elle le raconte elle-même dans une courte note, éditée par Louis de Launay.
Elle épouse en 1826 un officier du nom de Gabriel Ride (1795-1843), qui se révèle ivrogne, joueur et criblé de dettes. L’alcool et les séquelles d’une blessure de guerre à la tête provoquent rapidement des crises de démence ; Albine retourne vivre chez son père et obtient la séparation de corps en 1832. Ride est d’abord envoyé en Guadeloupe, mais il revient en métropole fin 1834 (lire l’appréhension d’Ampère à l’idée de ce retour, L1834-12-07-a). On l’interne alors à Charenton ; à la fin de l’année 1835, il quitte la France pour la Nouvelle-Orléans. Malgré son engagement d’y rester, il revient en France après la mort d’Ampère ; interné de nouveau, il s’installe finalement en province. Albine sombre elle-même dans une folie qui l’emporte à 35 ans.
Le document ci-dessous date de la fin de l’année 1835. Il autorise Albine ou son représentant à faire sortir Ride de Charenton pour le conduire au Havre où il doit embarquer pour la Nouvelle-Orléans. (Un autre document du fonds montre qu’Albine a mandaté Lenoir, un ami d’Ampère qui travaille au ministère de l’Intérieur, pour remplir cette peu agréable mission).
La Maison Royale de Charenton (aujourd’hui hôpital Esquirol) est l’un des plus célèbres asiles de l’histoire de la psychiatrie française, l’un des premiers où les aliénés furent traités avec humanité. Au début du XIXe siècle, avec l’idée de curabilité de la folie s’affirme la volonté d’un traitement médical des aliénés. Philippe Pinel (1745-1826) à la Salpétrière, et son élève Jean-Etienne Esquirol (1772-1840) à Charenton, sont les pionniers de cette évolution. Le dernier est cité dans ce document.

*Dans l’ancienne numérotation des arrondissements de Paris, la rue des Fossés-Saint-Victor se trouvait dans le 12ème.


